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Publications - Bibiliographies on Jan Menses
 
Jan Menses ou le désir de Réparation.
Article courtesy of: Anguéliki Garidis
 

Après le Zimzum, survient « la brisure des vases » qui va laisser s’échapper le mal dans le monde, puis le Tikkun, la « Rédemption », notions que le peintre Jan Menses a approfondies à travers des centaines de tableaux.

Avant d’évoquer l’œuvre de  Jan Menses, il me semble nécessaire de présenter sa démarche. Comment ce peintre hollandais, proche du groupe COBRA dans sa jeunesse, a été amené à consacrer sa vie et son œuvre à l’interprétation de la Cabale, plus particulièrement aux théories de Louria, apparues à Safed, en Galilée, au 16e siècle.

La démarche d’un artiste très singulier
Au début il y a la destruction - né à Rotterdam en 1933, Jan Menses a vu sa ville natale en ruines, bombardée par les avions allemands - puis il découvre la Shoah. Il ne reverra jamais son meilleur ami, disparu dans les camps à l’âge de douze ans. De ce traumatisme originel va naître toute son œuvre, traversée des mondes du Mal pour atteindre, comme dans la Comédie de Dante, un univers de lumière.

Jan Menses part de la souffrance, du Mal (Diabolica(1961-62) série de gravures comme inspirées des œuvres de Rembrandt, de Jacques Callot et de Goya, où sont mises en scène des tortures qui se multiplient dans un monde révolu et réinventé, les séries Kaddish (1965-1980), « prière pour les morts » où sont évoqués les camps de concentration, les séries Klippoth (1963-78) où la victime et le bourreau s'affrontent) pour aboutir au Tikkun (depuis 1978), à la "Réparation", dans des oeuvres qui mêlent l'utopie messianique de la Kabbale de Safed et des enseignements d'Isaac Louria, à l'univers sidéral de la Science-fiction - zimzum réactualisé dans l’imaginaire contemporain - et à la dénonciation d’un monde déshumanisé. Menses se rapproche ici des Hassidim des origines, dans leur rejet de la société et de ses lois sclérosées.

L'artiste nous transporte dans un voyage initiatique à travers les textes kabbalistiques, à travers l'herméneutique. Il part d'une "utopie" négative, diabolique - le nazisme comme concentration absolue de tout le Mal qui a pu exister et que l'on peut encore inventer - pour tenter de la conjurer, de la détruire en la représentant à l'infini, pour n'en laisser que l'écorce, les épluchures (klippoth) et atteindre ainsi la Rédemption, le tikkun.

Le choc ressenti devant les manifestations du Mal, dans son enfance, va se traduire par un exil. Voyageur errant, Jan Menses va s’initier à la peinture auprès d’un ermite, puis il découvrira l’Italie, l’Espagne et l’Afrique du Nord, où il va ressentir la nécessité intérieure de se convertir au judaïsme. Parti vivre un certain nombre d’années au Canada et aux Etats-Unis, où il exposera dans de nombreux grands musées (Musée d’Art Moderne de New York, Musée Guggenheim, Musée d’art de Philadelphie, et bien d’autres à travers le monde), Menses décide de partir en Israël en 1986, période durant laquelle il s’investit totalement dans la série Tikkun, aboutissement de sa démarche. Exil ou retour aux sources d’une origine choisie ? Dans cet exil volontaire, on peut discerner comme un écho de l’exil des juifs expulsés d’Espagne en 1492, moment où la Cabale ancienne change de problématique et s’ancre plus profondément dans la réalité historique. L’exil et la rédemption deviennent des questions vitales. Les cabalistes de Safed s’intéressent à l’eschatologie des mondes, à la fin du monde et à sa rédemption. On observe un réveil messianique, qui survient comme une réponse à l’expulsion des juifs.

Le choc de l’expulsion d’Espagne retrouve un écho encore amplifié dans le choc de la guerre et de la découverte de la Shoah. Jan Menses semble revivre dans sa chair et dans son œuvre la théorie de Louria, et l’histoire collective rejoint l’histoire individuelle du peintre.

Après avoir fait la constatation déchirante de l’existence du Mal, multipliant sa représentation dans ses œuvres, Jan Menses va s’inspirer des notions clefs de la Cabale de Louria pour les évoquer dans des tableaux de grand format, en noir et blanc, caractérisés par une grande économie plastique, où la ligne et le cercle vont prévaloir sur les autres formes. On peut noter que la ligne et le cercle sont des figures cabalistiques par excellence : je cite Gershom Scholem : « La plus harmonieuse des deux formes, qui participe de la perfection de Ein-Sof (qu’on peut traduire par in-fini), est le cercle ; ce dernier se conforme naturellement à l’espace sphérique du zimzum, alors que le rayon de lumière va dans tous les sens à la recherche de sa structure finale sous la forme d’un homme, qui représente l’aspect idéal de yosher (structure « linéaire »). Ainsi, alors que le cercle est la forme naturelle, la ligne est une forme voulue qui est orientée vers l’image de l’homme. » (La Kabbale, p. 230-1).

On retrouvera cette théorie reprise du symbolisme géométrique des pythagoriciens, dans l’importance donnée à la ligne et au point dans les théories de Kandinski et de Paul Klee.
Comme le créateur dans la théorie du tsimtsoum, le peintre Jan Menses va se contracter, s’exiler en lui-même pour laisser advenir une œuvre profonde qui tente de répondre au mystère du monde et à l’origine du mal.

Programme de l'oeuvre d'une vie, que le peintre a tenté d'intégrer à son quotidien, avec sa conversion au judaïsme, mêlant l'espoir d'une ère messianique à un temps sanctifié qui se construit et s'inscrit dans les moments sacrés de la journée, de la semaine, de l'année.

Etonnante application à mettre en images un univers, une pensée qui se veut iconoclaste, à figurer les symboles en leur donnant une dimension tangible. En même temps, la pensée de Louria, déjà très figurative, le conduit dans cette direction. Surprenante logique aussi d'une démarche qui semble déjà tracée au départ. Une vie de création où les oeuvres se complètent de façon évidente au fur et à mesure qu'elles se donnent à voir. Et les tableaux ne sont pas signés, comme c'est le cas le plus souvent pour les oeuvres religieuses. Soumission à la divinité, offrande anonyme, prière.

Une oeuvre entière construite en noir et blanc dénonce le Mal à travers les maux infligés aux hommes. Dans la série Kaddish, « Prière pour les morts », des corps gravés, à peine visibles, sur un fond de peinture noire, sont comme une trace de l'Holocauste. Corps martyrisés, morcelés, dans des architectures déséquilibrées, dans un monde qui a perdu son centre de gravité. Les silhouettes reculent, se perdent dans un fond envahi par le noir. A l'instar des "vases brisés", les décors se fissurent, se démantèlent. L'architecture de l'univers se défait.

« Les vases brisés » et la série Klippoth :
Si la première étape de la théorie lourianique est celle du tsimtsoum, il est une deuxième étape, essentielle, celle de la « brisure des vases ». La lumière divine frappe les vases qui la contiennent d’un coup trop fort pour être supporté par les vases individuels. Ceux-ci vont se briser l’un après l’autre, et les morceaux vont s’éparpiller dans l’espace. Je cite Scholem : « Une partie de la lumière qui avait été dans les vases repartit vers sa source, mais le reste fut précipité avec les vases eux-mêmes, et les kelippot, les forces obscures, prirent de la substance à partir de leurs tessons. » (La Kabbale, p. 233)

Ces tessons sont également à l’origine de la matière grossière. De cette matière stérile vont surgir les kelippot, les « puissances du Mal », dans un univers où tout a été déstabilisé, déstructuré, déséquilibré, un « monde du chaos » qui semble s’être plié sur lui-même. Cette « structure défaillante » serait due, selon certaines interprétations de Louria, à la présence des racines de kelippot dans l’émanation elle-même. La « brisure des vases » apparaîtrait donc comme une action cathartique qui préparerait le terrain pour le processus de restauration qu’est le Tikkun.

Chez Menses, les vases brisés sont évoqués dans la série Klippoth, qui comportait à l’origine 500 œuvres – dix cycles de cinquante œuvres chacun, évoquant un aspect spécifique des vices humains, comme dans l’Enfer de Dante (après un accident et la destruction volontaire d’un certain nombre d’œuvres par l’artiste lui-même, il n’en reste plus que 350). Dans cette série de tableaux, l'homme est perdu dans un univers qui semble rendre, visuellement, les mondes labyrinthiques et absurdes décrits par Kafka. Ces labyrinthes ne sont d’ailleurs pas sans rappeler « le labyrinthe du monde caché de la mystique » si familier à Louria. Une silhouette s'effondre dans une structure qui se disloque, instrument de torture géant comme dans La Colonie pénitentiaire. L'homme semble chercher, en vain, la clef. Si dans certains tableaux des figures apparaissent, disloquées comme les constructions dans lesquelles elles se débattent, d’autres œuvres sont abstraites, géométriques. La figure humaine disparaît peu à peu. Les klippoth, "puissances démoniaques", "débris", sont souvent représentés par des formes qui oscillent entre l'organique et l'apparence de la machine. Glissant, sans aucune assise, dans cet univers fragmenté, démembré, déconstruit, l'homme, déshumanisé, devient globe, figure géométrique abstraite qui cherche sa place dans un univers de lignes brisées. Globe, ou oeil mécanique démultiplié, brillance sur un fond noir sans aucune transparence, cercle métallique, comme un œil vide, qui revient comme un leitmotiv. Les corps souffrant dans cet univers métallique, concentrationnaire, semblent donner naissance à un autre corps. Le mal se répand comme dans un miroir démultiplié, où animé et inanimé se confondent. « Le robot supplée l’homme qui est devenu robot lui-même », explique Jan Menses. Comme Louria, mais dans un esprit empreint d’un pessimisme absolu, le peintre ne fait pas de différence entre la vie organique et inorganique. (G. Scholem, Les Grands courants de la mystique juive, p. 272).

Tikkun :
Aboutissement de ce programme de conjuration du Mal par sa représentation, la série Tikkun, qui évoque le processus symbolique de "restitution", de « restauration », de « rédemption » qui s'effectue, selon Louria, "en partie en Dieu, en partie en l'homme" (Gershom Scholem, La Kabbale et sa symbolique), fait réapparaître la figure humaine dans son intégrité. Après la confusion, la dislocation du monde, advient l'image utopique de la Réparation. L'éclat divin jaillit avec l'effacement de la faute et l'apparition du Cohen Gadol, du Grand Prêtre, dans la série Tikkun. Le Grand Prêtre surgit, immense dans la lumière blanche - comme Dieu s'est entouré de lumière blanche lorsqu'il s'est apprêté à créer, et tels les Kabbalistes de Safed, au 16e siècle, vêtus de blanc le jour du Shabbat (G. Scholem, Le Nom et les symboles de Dieu dans la mystique juive). Tandis que dans les séries Kaddish et Klippoth les oeuvres baignaient dans une lumière noire, la couleur du deuil s'éloigne peu à peu pour laisser venir la lumière, qui se traduit plastiquement par un puits de lumière qui éclaire les personnages d’en haut, dans une verticalité retrouvée.

« Les lois par lesquelles le processus de restauration et de rétablissement cosmique (tikkun) s’élabore lui-même – je cite Scholem - constituent la majeure partie de la kabbale lourianique, car elles touchent tous les domaines de la création, y compris l’ « anthropologique » et le « psychologique ». La théorie de Louria est difficile d’accès, Scholem lui-même évoque cet aspect : « Les détails de la théorie du tikkun sont extrêmement complexes et semblent avoir été intentionnellement destinés à être un défi à la contemplation mystique ». (La Kabbale, p. 236). «…le principal moyen de tikkun, c’est-à-dire de restauration de l’univers à son plan original dans l’esprit de son Créateur, est la lumière qui sort du front de l’Adam Kadmon (l’homme primordial) pour réorganiser la confusion résultant de la brisure des vases. »

Selon les théories de Louria, les Sefirot (les Sefirot sont contenues au sein de la divinité, en effet celle-ci est divisée en royaumes ou « plans » - les Sefirot - qui existaient comme des lumières, des puissances et des intelligences » (La Kabbale, p. 186)), les sefirot, donc, « ont la charge de favoriser la formation de structures stables et équilibrées dans les futurs royaumes de la création » - je cite toujours Scholem (La Kabbale, p. 236). Du monde déséquilibré qui prévalait après la brisure des vases va naître – ou renaître – un monde de l’équilibre.

« La tâche de l’homme consiste à diriger toute son intention intérieure vers la restauration de l’harmonie originelle qui a été troublée par la faute originelle, la Brisure des vases, et par les puissances du mal et du péché qui datent de ce temps. » (G. Scholem, Les Grands courants de la mystique juive, p. 293).

Jan Menses réinterprète les théories de Louria à la lumière de la Shoah. Ses séries d’oeuvres font penser à une mythologie personnelle qui répond à la mythologie de Louria, elle-même très anthropomorphique. Si le monde pictural de Jan Menses peut évoquer celui de Dante ou de Kafka, il a sa puissance propre, unique.

Recueillir les étincelles répandues dans l'univers en opérant le processus du Tikkun, de la Réparation, c'est ce à quoi Jan Menses essaie de parvenir à son échelle d'être humain, d'homme pieux qui accomplit les commandements et de peintre voué à dire le Mal pour tenter de l'exorciser. Le Tikkun se révèlerait, selon Louria, « une arme puissante, capable de détruire toutes les forces du mal ; et une telle destruction aurait été en soi équivalente à la rédemption. » (G. Scholem, Les Grands courants de la mystique juive, p. 272). Il existe une « mystique de la prière » dans la Kabbale de Louria. La prière de Jan Menses, elle, va au-delà de la contemplation, elle donne à contempler, à méditer, à travers une œuvre consacrée à l’évocation des notions fondamentales de la théorie du « philosophe mystique » qu’est Isaac Louria. Les séries de tableaux sont grandes, comme longue est la durée du processus de Restauration. En édifiant une oeuvre immense avec une patience non exempte de violence, l'artiste rapporte des étincelles d'une lumière enfouie.

Article courtesy of: Anguéliki Garidis

 
 
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